Le bouysselet, c’est l’histoire d’un cépage qu’on avait rayé de la carte. Un blanc endémique du Frontonnais, et plus précisément de Villaudric, en Haute-Garonne, à trente kilomètres au nord de Toulouse. Pendant des décennies, personne n’en parlait. Aujourd’hui, il revient.
D’où il vient vraiment
On a longtemps cru le connaître de travers. Le bouysselet n’est pas un cépage de Gaillac : il est bien du Frontonnais, à deux pas de chez nous.
Les analyses ADN menées à Montpellier ont tranché son origine : c’est un croisement naturel entre le savagnin et le plant de Cauzette. Autrement dit, un cousin éloigné du savagnin du Jura. Ça explique beaucoup de choses — sa tension, sa capacité à tenir l’acidité, ce côté droit qu’on ne trouve pas partout dans le Sud.
Comment on a failli le perdre
En 1975, le VDQS de Villaudric laisse la place à l’AOC Fronton. L’appellation se recentre sur les rouges et les rosés. Le bouysselet, blanc et minoritaire, sort des radars. Plus personne ne le plante.
Il faut attendre 2008 pour qu’il refasse surface. Le domaine de la Colombière signale quelques pieds d’un cépage blanc inconnu sur une parcelle préphylloxérique voisine. Son ADN ne correspond à rien dans la collection nationale de Vassal. C’est finalement une feuille d’herbier de l’INRAE datée de 1954 qui permet de l’identifier. Inscription au catalogue officiel en 2016.
Où ça en est aujourd’hui
Le bouysselet est entré dans le cahier des charges de l’AOP Fronton, homologué le 14 avril 2025, en cépage accessoire, limité à 10 % de l’encépagement. Et en 2026, le syndicat des vignerons a déposé une demande de reconnaissance d’un Fronton blanc à base de bouysselet.
Le vrai frein, ce n’est pas le récit — c’est le volume. On parle de 10 à 15 hectares en tout, portés par une poignée de domaines : La Colombière, Le Roc, Viguerie, et Plaisance.
Chez Maison CHAPE
C’est exactement notre terrain de jeu. Un cépage local oublié qu’on remet en lumière, plutôt qu’un étranger qu’on implante — l’inverse d’un Nomad, dans l’esprit de nos “Jeux de Mains”.
Sur ce cépage, on travaille avec Marc et Thibault de Plaisance Peynaveyre. Deux vignerons incroyablement engagés, et parmi les meilleurs pour mettre en avant le bouysselet comme il le mérite. C’est ce genre de rencontre qui donne du sens à notre métier de sélection.
Le volume reste petit, alors on ne promet pas une cuvée sur toutes les tables. Mais quand un vin a cette histoire et ce niveau, il vaut le détour. Nos blancs et nos découvertes, c’est par ici : nos vins.